Le MASSEY FERGUSSON, un tracteur d'homme !!!

Publié le 22 Mai 2010

Cette année, Pierre, un voisin vigneron avec qui nous avons été mis en contact par notre banquier (comme quoi, il y en a des biens ), nous prête son matériel. Cela va nous permettre d'assurer nous même les travaux du sols (tonte, labours,...) ainsi que les traitements.

 

La condition préalable était que j'apprenne à conduire un tracteur. Je n'étais pas trop inquiet mais au fur et à mesure que la journée de prise en main approchait, je sentais quand même la pression monter...

Le jour J, à 17h00, je retrouve Pierre et JC son ouvrier pour un cours théorique (une sorte d'amphicabine, private joke pour un lecteur qui se reconnaîtra...) sur un petit tracteur tout neuf auquel est attelé un gyro-broyeur (sorte de tondeuse). Marche avant, marche arrière, prise de force sur le bouton qu'il faut tirer en arrière, petite vitesse, grande vitesse, pas d'embrayage... Mise en route, et hop c'est parti, suivi par JC qui va me coacher quelques minutes sur les vignes. Tout va bien et hop jusqu'à 21h00, je tourne sans aucun soucis à tous les bouts de rangs et je tonds, je tonds, je tonds.... Pas si dur et même "finger in the nose"...

 

Mon optimisme sera un peu refroidi le lendemain par Pierre (à qui je téléphone pour lui annoncer que je n'ai rien cassé) et qui m'explique que le petit tracteur confié est un "jouet de manège".

 

Quelques jours plus tard, autre rendez-vous, pour le premier traitement. Je pense naïvement que je vais reprendre le "jouet de manège" avec un pulvérisateur. Que nenni, il n'est pas assez puissant et donc je vais prendre le MASSEY FERGUSSON 4x4. Le briefing est plus compliqué, car bizarrement, il y a beaucoup plus de manettes, et rien que l'enclenchement de la prise de force demande de manipuler 3 manettes (dont une ressemblant à frein à main dont la poignée en plastique usée par je ne sais combien d'années d'utilisation vous glisse des doigts ou se bloque à mi-course...). JC finit de me mettre à l'aise en me disant "que le petit tracteur de la dernière fois, c'est comme je dis, un jouet pour les drôles*". Et le pire, il y a un embrayage dont ma cuisse gauche va se souvenir pendant les 3 jours suivants !!!

 

On remplit le pulvé, on dose les produits et zou ! on est parti, toujours suivi de JC. Arrivé dans les vignes, l'alignement dans le premier rang n'est pas de tout repos, mais je finis par y arriver non sans braquer et contre-braquer (je n'envisage pas la marche arrière, car je ne me vois pas reculer avec un attelage...). Un tracteur d'1m10 dans un rang d'1m50 plein de pieds de vignes et de piquets, ça laisse pas beaucoup de marge. On mets en route le pulvé et zou, roule ma poule. Pour l'instant, tout va bien, mais je vois le bout du rang qui approche et je me dis, qu'avec le fossé qui est au bout, tourner et s'aligner 3 rangs plus loin, ça va pas être du gâteau. Et ce fut tout, sauf du gâteau... D'abord, en virant trop serré, j'arrache le piquet de bout de rang... puis, avec de signes des bras, JC m'indique de braquer, de me rapprocher du fossé, de m'éloigner du rang, d'arrêter le pulvé qui continue à pulvériser alors que je ne suis plus dans le rang, de réduire le régime moteur ("non pas avec le pied mais avec l'accélérateur à main !!!" oui, je ne vous avais pas dit, l'accélérateur est une manette que l'on bouge avec la main...). Je me vautre lamentablement, j'ai la cuisse tétanisée par l'embrayage et surtout ce P$£!% de tracteur 4x4 ne braque pas pour un sou. Je décide de m'aligner 3 rangs plus loin en m'éloignant au maximum avant de tourner. J'y arrive et on va donc sauter "une tournée" que l'on fera au retour. JC est tellement stressé pour moi, qu'il va me suivre à pieds pendant 3 heures sous les fines gouttelettes de bouillie bordelaise. Un autre piquet cassé, un fil de palissage arraché, mais finalement, les Malbecs sont traités. On entame les Merlots (qui perdront eux aussi un piquet...) et ensuite on enchaîne par les Cabernets. Je m'aligne, j'augmente le régime et j'enclenche la prise de force à 2 mains, la jambe gauche debout sur l'embrayage (on touche pas au levier de vitesse, car trouver la première relève du miracle...). La pompe du pulvé se met en route et je démarre. Je me fais dépasser par JC qui me fait plein de grands signes. A mon avis, il y a un problème et il va encore falloir que j'appuie sur ce %ù*£&# d'embrayage pour m'arrêter le temps de reprendre les instructions de JC. "Ça crache plus rien !!!" me dit-il. Point mort, régime au minimum, on descend du tracteur et on ouvre le réservoir du pulvé. Enfer et putréfaction, il est vide !!! J'ai atomisé les 250 litres de mélange sur 2 ha alors que c'était largement suffisant pour plus de 3 ha. J'étais tellement stressé qu'au lieu de rouler à 5km/h, j'ai roulé à 3km/h, pas assez vite donc pour qu'il me reste de quoi traiter la dernière parcelle... JC m'explique que l'on va faire le plein et que l'on va revenir. Je lui répond que je suis un peu fatigué, que vu l'état de ma jambe gauche je vais devoir rentrer à la maison à cloche-pieds et qu'en fait, j'en ai ras la casquette !!! On rentre, on nettoie, et zou, gros dodo !

 

Depuis, j'ai appris à dompter la bête (et aussi une autre machine, un VIGNERON 125 qui braque dans un mouchoir de poche) et les autres traitements se sont bien passés. Mais pour moi, le MASSEY FERGUSSON, c'est vraiment un tracteur d'homme !!!

 

 

* En bordeluche "drôle" = "gamin"

Rédigé par Denis

Publié dans #A la vigne

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lolo 09/06/2010 16:29



Je découvre votre blog. C'est vraiment chouette de voir des gens motivés pour démarrer dans ce métier, on se sent moins seul... Bon courage pour tous les futurs apprentissages! Et si un jour
j'apprends à conduire un tracteur, je repenserai à votre description!



LESSIEUX Jean-claude 06/06/2010 10:49



De Ludon-City en soirée après une bavette, des frites, camenbert "à la louche", une tarte tatin maison avec un verre de Moulis-Médoc, un autre de St emillion et pour finir un crémant de ? et puis
le feu d'artifice et quelques vieilles scies dont de bon vieux rock de Papy pour mon genou usé. Et puis votre rencontre et votre aventure, mazette c'est pas rien! Je viens de joindre notre fille
et notre gendre à Saumur pour leur faire de notre échange ; votre blog est meuh meuh, excessivement agréable et même beau, comment faites vous tout ça? en tout cas chapeau la colo ! (niale),
vieille expression paternel de gendarme à Madagascar et en Afrique. Et puis les blogs amis sont aussi super, bravo .A bientôt


 



Valérie 07/06/2010 22:24



Merci Jean-Claude pour ces compliments. Y repenser me remontera le moral dans les moments d'adversité... J'ai été ravie de faire votre connaissance et espère que nous aurons de nouveau l'occasion
de reparler de vins et de bien d'autres choses.


Bien amicalement,


Valérie



Jiphoune 25/05/2010 15:04



On veut des photos!



Valérie 25/05/2010 21:45



Un film, bientôt...